Patriotisme économique de Bernard Carayon

Publié le par Chouan Bourguignon

Publié le 08/06/06 | Envoyer cet article à une personne | Version pour imprimante

Après 300 conférences en trois ans dans les grandes écoles, les universités, les administrations, les PME, les multinationales, Bernard Carayon, qui « n’a pas fait l’ENA, pas même pensé à Polytechnique » s’emporte contre les archaïsmes culturels français et appelle à une prise de conscience politique encadrant un développement économique européen, dans son livre « Patriotisme économique –De la guerre à la paix économique » aux éditions du Rocher.

S’excusant par avance « d’un ton qui frise la révolte, voire la colère », le député du Tarn, s’interroge sur la naïveté de nos élites et veut convaincre les incrédules que « la collusion des intérêts politiques et économiques conduit l’humanité au chaos ».

C’est à l’Etat qu’il revient de définir une stratégie, un processus et des lieux de mutualisation et d’échange d’information « Tout le reste n’est que littérature ». La guerre économique ne peut pas être résumée à l’affrontement que se livrent deux entreprises privées. « Elle est l’expression d’une compétition plus sophistiquée, mobilisant de part et d’autre, pour les besoins de conquête, des critères de prix et de qualité des produits ou des services ».

La naïveté de nos élites l’épuise « Beaucoup parmi les 2800 consultants de Kroll sont issus des services du renseignement anglo-américains, et leurs dirigeants sont étroitement liés à l’administration fédérale américaine. Cette société à l’instar, de certains fonds d’investissement et de grandes entreprises américaines, a toujours su attirer d’anciens dirigeants industriels et politiques étrangers de premier plan ». Yves Galland, ancien ministre de l’industrie et du Commerce extérieur, est représentant de Boeing en France, Francis Mer, ancien ministre de l’Economie et des Finances, est maintenant chez Marsh & Mac Lennan, comme Raymond Barre –qui invita par écrit – le député, à modérer ses positions sur le célèbre courtier américain.

« Sans convergence d’expertises, d’idées et d’actions entre le secteur public et le secteur privé, sans conception globale commune du monde, sans un patriotisme économique alimenté par des expériences en apparence antagonistes, notre pays est condamné à la cécité, à l’impuissance et à la subordination ».

S’adressant aux « aveugles exaltés », aux « universalistes subjugués », l’avocat ne peut que relever le paradoxe des grandes entreprises françaises qui ne peuvent pas recruter librement des hauts fonctionnaires qui auraient exercé sur elles leur tutelle dans les cinq ans suivant l’arrêt de leurs fonctions . « Cette interdiction qui repose sur l’article 432-13 du Code pénal contraint stupidement des entreprises stratégiques, à recruter des personnels étrangers ».

A l’instar de Bernanos, celui qui a décidé de ne « jamais, jamais, jamais, se lasser d’offenser les imbéciles » , le député UMP, auteur de deux rapports fondamentaux, se vit comme un combattant et relève les noms de soldats de l’ombre qui « illustrent le gâchis des talents de notre pays » ou de ceux que « leur patriotisme économique a transformé en veilleurs incompris et acteurs isolés ». (en citant Anne Lauvergon, Jean-François Dehecq, FrançoisPinault, Charles Edelstenne, Francis Mayer, Patrice Kron, Claude Guéant ), comme pour les inciter à continuer.

Si l’auteur estime que « l’échec des français depuis le rapport Martre est de « s’être focalisé sur les outils et non sur la finalité », l’expression de « patriotisme économique » ne conduit-elle pas à une situation totalement inverse, plus proche d’une injonction paradoxale et nationale que d’une stratégie de puissance.

Jeannick Tarriere

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