Diffusion inédite du chapitre sur la peine de mort du Petit dictionnaire des débats interdits mais légaux

Publié le par Chouan Bourguignon

Pour les 30 ans de l’abolition de la peine de mort, le 30 septembre 1981, nous publions en intégralité le chapitre sur la peine de mort issu du Petit dictionnaire des débats interdits mais légaux de Jean Robin, paru en 2010 dans un silence médiatique assourdissant. Ce livre, qui a requis 3 ans de travail, est pourtant le seul qui traite de 16 des sujets les plus interdits de débat bien que légaux, dont la peine de mort, l’avortement, sortir de l’Union européenne, démontrer scientifiquement l’existence du paranormal, la critique de l’islam, la corrida, les complots, la pédophilie et tant d’autres.

Définition :
« L’article 6 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) définit strictement la peine de mort comme une condamnation résultant d’une décision de Justice rendue par un tribunal régulière-ment constitué et conformément aux règles du procès équitable. Elle est prévue par le code pénal de l’Etat qui l’applique. » Amnesty International

Niveau d’interdiction : 4
(1 = minimum ; 5 = maximum)

Historique :
Le débat public sur la peine de mort est de plus en plus interdit depuis l’abolition de la peine de mort en France, le 9 octobre 1981.

Point de Godwin :
Les personnes favorables à la peine de mort sont souvent comparées à des nazis qui asphyxiaient les juifs dans les chambres à gaz avant de les faire brûler dans les fours crématoires.

Les invectives :
Ceux qui osent dire publiquement qu’ils sont pour la peine de mort sont qualifiés de monstres, d’assassins, d’inhumains, d’égoïstes, d’attardés, d’insensibles, et, last but not least, d’être contre les droits de l’homme.

Modalités de l’interdiction :
L’auto-censure principalement.
Comme se prononcer en faveur de la peine de mort revient au mieux à recevoir des insultes, au pire à se suicider socialement, ceux qui le pensent ne l’expriment pas publiquement. 
La question n’est donc plus jamais débattue publiquement, et présentée uniquement pour fustiger les pays où la peine de mort n’est pas encore abolie.
Chantel Delsol : « Pour qu’il y ait pluralisme, il faut qu’il y ait acceptation de débat. Est-ce que le débat est possible, dans un pays comme le nôtre ? L’autre jour j’ai vu un livre qui vient de paraître aux Etats-Unis, qui défend la peine de mort. Moi je ne suis pas spécialement pour la peine de mort, même pas du tout mais enfin, vous imaginez qu’un livre comme celui-là paraisse en France, argumenté, à partir de Hegel, etc. Les libraires ne le diffuseraient pas. Pour qu’il y ait pluralisme, il faut qu’il y ait vraiment pluralité.
Alain Finkielkraut : Je me souviens d’un débat, qui a d’ailleurs été publié, dans les Dit et écrit de Michel Foucault, dans l’Observateur au début des années 70, entre Badinter, Foucault et Laplanche. Et Jean Laplanche défendait la peine de mort. Il défendait disons sur un plan symbolique : il y a un crime qui doit rester différent de tous les autres, pour qu’on n’entre pas justement dans une sorte de continuité du crime. Aujourd’hui ce serait littéralement impossible. » France Culture, Répliques du 30 décembre 2000

Pourquoi le débat est-il interdit :
Robert Badinter est la personnalité (avec François Mitterrand) qui a permis à l’abolition de la peine de mort d’être mise en œuvre dans notre pays. Lors du procès de Patrick Henry, un des principaux arguments de M. Badinter pour atteindre ce but fut de convaincre l’opinion publique que l’on ne pouvait pas à la fois être pour la peine de mort et pour les droits de l’homme.
Les droits de l’homme étant devenus une véritable institution morale en France, le débat sur la peine de mort est passé d’ouvert avant son abolition, à verrouillé après. Ce nouveau manichéisme renvoyait d’un côté les bons, de l’autre les méchants, empêchant tout argument rationnel ou pas d’avoir une chance de se faire entendre. Ce qui a fait dire non sans ironie à René Barjavel : ” Les adversaires de la peine de mort guillotineraient volontiers les partisans de la peine de mort.”

Les arguments interdits :
1. La peine de perpétuité est tout aussi inhumaine : c’est condamner à vivre, tout en sachant qu’on ne sortira jamais. En prison à perpétuité, le condamné perd le peu d’humanité qui lui restait, et devient un animal.

2. Un meurtrier, un violeur etc. n’a jamais l’impression d’avoir fait du mal, on ne peut attendre qu’il mette lui-même un terme à ses jours.
“Outre le fait qu’il considère qu’il “n’y a pas de victimes innocentes” du terrorisme, Carlos se vante de ses actes et répète son admiration pour Ben Laden.” AFP | 10.03.04 | 17h04, “Enquête préliminaire sur l’interview de Carlos à M6″

3. Il n’existe aucune garantie que les condamnés à mort ou à perpétuité (selon les pays) ne commettront pas à nouveaux leurs crimes s’ils sortent, même très vieux. Mieux vaut supprimer totalement cette probabilité, même si elle est infime.
“Avec l’arrestation samedi pour trafic de drogue de Patrick Henry sur une autoroute espagnole, c’est un espoir qui s’effondre : celui de la réinsertion des grands assassins. Refusée par la garde des Sceaux Elisabeth Guigou, objet d’une vive polémique, sa libération conditionnelle l’an dernier avait symbolisé la chance de rédemption offerte à tout condamné. Mais voilà que sa chute est pitoyable. Elle révèle que cet homme de 48 ans, autrefois le plus haï de France pour avoir étranglé un enfant de 7 ans, sauvé de la guillotine par le talent de son avocat, restera prisonnier de ses déviances à tout jamais.” La Provence, édito de Philippe Schmit, “Patrick Henry a tout gâché”, mercredi 16 avril 2003

4. Mieux vaut une erreur judiciaire et la condamnation à mort d’un suspect, que la mort de nouvelles victimes qui n’auront même pas eu la chance de passer devant un tribunal. Il y aura toujours plus de victimes de récidivistes libérés après une peine plus ou moins longue, que de condamnés à mort par erreur. D’autant que pour être condamné à mort un certain nombre d’éléments, dont la préméditation, devaient être démontrés, donc la probabilité de l’erreur judiciaire est infime. Une erreur judiciaire est une erreur judiciaire. Un condamné à mort par erreur n’est pas pire, loin de là, qu’un condamné à perpétuité par erreur. La question de la condamnation des innocents n’est pas celle de la peine de mort, mais de la faillibilité de la justice.
« Jean-Luc Blanche, 45 ans, interpellé dimanche à Reims, a reconnu lors de sa garde à vue à Charleville-Mézières (Ardennes) avoir commis quatre viols depuis sa sortie de prison en septembre 2002. Selon les enquêteurs, trois autres viols pourraient également lui être attribués. Condamné en 1992 à 20 ans de réclusion criminelle par les cours d’assises du Calvados et de l’Essonne pour quatre viols, il avait été libéré après avoir bénéficié de remises de peine et de grâces. Durant sa période de liberté, l’homme avait fait l’objet d’une enquête pour “agression sexuelle”, après la plainte déposée par son ancienne concubine concernant des faits qui auraient été commis sur sa fille âgée de 9 ans. Saisi d’une demande d’incarcération par le juge d’instruction chargé de ce dossier, le juge des libertés et de la détention (JLD) de Charleville-Mézières avait alors décidé de laisser le suspect en liberté sous contrôle judiciaire.” Métro, quotidien gratuit, vendredi 12 septembre 2003

5. Pour un criminel qui deviendra normal, combien seront libérés sous serment et recommenceront une, dix, cent fois avant d’être repris ?

6. Une large partie de la population est encore pour son rétablissement en France.
« Le 23 octobre 2001 – Abolie légalement voici 20 ans, la peine de mort s’abolit peu à peu également dans les esprits. Près d’un Français sur deux (49%) se dit aujourd’hui opposé à son rétablissement, pour 33% en 1981. Cette évolution ne doit toutefois pas cacher la part non négligeable de l’opinion qui y reste favorable (44%), et l’existence de clivages socioculturels (et dans une moindre mesure politiques) toujours tenaces. » TNS Sofres
(a priori il n’existe pas d’étude d’opinion plus récente que celle-ci)

7. Cela ne fait pas revenir la victime, mais au moins les familles de victimes sont apaisées, car elles savent qu’il n’est plus possible que ce mal frappe à nouveau.
” La différence entre les partisans de la peine de mort et ses adversaires réside dans le fait que les premiers s’identifient d’instinct aux victimes, et les seconds aux assassins. ” Maurice Toesca, écrivain français, extrait de Le prix de la douleur

8. Pour l’exemplarité.

9. Il est choquant de payer pour des meurtriers que l’on garde en prison (à moins qu’ils ne paient leur dette contractée envers la société par des travaux d’intérêt général par exemple).

10. Un récidiviste libéré peut, dans sa vie privée, même s’il se conduit bien dans sa vie publique, reproduire le cercle vicieux dont il a été lui-même victime : personne ne sera là pour vérifier qu’il ne bat pas ses enfants, ou pire. Il s’agit donc aussi de casser ce cercle vicieux de la reproduction dont les psys nous parlent tant.

11. Nous ne savons pas si la peine de mort fait baisser le taux de criminalité, mais ce dont nous pouvons être sûr, c’est qu’elle ne le fait pas monter. Son impact n’est certainement pas nul. Choisissons donc la solution dont nous sommes sûrs.

12. Ce n’est pas être contre les droits de l’homme que d’être pour la peine de mort, puisque la perpétuité bafoue les droits et la dignité de l’homme (575 personnes en France en 1998).

13. Beaucoup de pays dits ‘non-démocratiques’ ont aboli la peine de mort : Angola (1992), Azerbaïdjan (1998), Croatie (1990), Équateur (1906), Georgie (1997), Haïti (1987), Honduras (1956), Lituanie (1998), Mozambique (1990), Namibie (1990), Népal (1997), Nicaragua (1979), Roumanie (1989), Timor Oriental (1999), Turquie (2002). (la Voix du Nord du 5.8.2002)

14. Des pays reconnus comme étant démocratiques ont encore la peine de mort (les Etats-Unis surtout, pour certains États, ainsi que le Japon et l’Inde)

15. On fait de l’assassin la victime, en s’occupant de lui et en lui trouvant des excuses (passé, éducation, etc). Mais personne ne s’intéresse aux vraies victimes, celles de ces assassins.

16. Mieux vaut consacrer les ressources limitées dont notre société dispose (hommes, temps, argent, etc.) pour développer celles et ceux qui n’ont fait de mal à personne et qui le méritent largement plus, que de s’occuper des anciens meurtriers et violeurs, pour qu’ils reviennent dans le bon chemin.

17. La personne condamnée devrait avoir le choix entre peine de mort et peine de prison à perpétuité (voir incompréhension n°3).

18. C’est le plus logique. « Par les temps que nous vivons, je crois qu’il est indispensable que ceux qui mettent en jeu la vie de leur prochain acceptent de voir leur propre vie mise en jeu. » Raymond Barre, 12 janvier 1986, Libération

19. La peine de mort est un cas de légitime défense par subrogation. La société subroge la victime qui n’a pas eu la possibilité d’utiliser son droit à la légitime défense.

20. De toute façon, la peine de mort n’est pas abolie, puisque les assassins la pratiquent sans retenue.

21. La peine de mort n’est pas contraire aux droits de l’homme, car son abolition date de 1981 tandis que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen date de 1789, et la déclaration universelle des droits de l’homme date de 1948. La peine de mort a donc perduré pendant deux siècles après la déclaration des droits de l’homme.

Vérité officielle :
La justice est plus juste si elle ne tue pas. Même si elle enferme à vie ou libère des assassins en puissance et/ou multi-récidivistes qui commettent à nouveau crimes et délits.

Les incompréhensions :
1. Des personnalités insoupçonnables ont osé dire publiquement qu’elles étaient pour la peine de mort, même après son abolition. Parmi elles, Maurice Druon, grand résistant et auteur du chant des partisans : “Depuis qu’on a supprimé la peine de mort, tout le système pénal est décalé. Elle en était la clé de voûte. On la lui a ôtée ; il s’effondre. […] En fait, on privilégie la vie de l’individu par rapport à celle de la société.” Maurice Druon, de l’Académie Française, Ordonnances pour un Etat malade, aux éditions de Fallois / Le Rocher, 2002.

Ou encore Pierre Manent, philosophe et historien :
« Pierre Manent oppose le « quiétisme européen » à l’ « activisme américain » qui sont pour lui deux versions différentes et opposées de l’ « empire démocratique », l’une axée autour d’une nation dominante, l’autre autour d’ « une agence centrale humaine » (p. 16).
Plus profondément, les nations européennes ont toutes (en tout cas les 25 pays de l’Union) renoncé à l’ultima ratio des sociétés hobbesiennes, à savoir la peine de mort. Il y a là une différence majeure avec les Etats-Unis d’autant plus que là-bas le nombre des États qui y recourent est croissant alors qu’a contrario les institutions européennes – notamment leur Parlement – mettent en accusation sur ce thème les Etats-Unis.
Or la peine de mort – indépendamment de son efficacité dissuasive d’ailleurs scientifiquement démontrée aux États-Unis par des études économétriques – est pour le philosophe libéral un élément constitutif essentiel d’un État souverain complet ; État souverain complet qui fonde sa légitimité en se dotant de tous les moyens de garantir pour tous la sécurité publique en échange de la renonciation par les citoyens à leur autodéfense, bénéficiant pourtant d’une légitimité plus large aux États-Unis qu’en Europe.
La réflexion de Pierre Manent invite donc à repenser la notion d’État souverain. » Polemia, 12 mai 2006

2. La France a connu de grands chefs d’Etat et de gouvernement avant 1981, qui étaient tous pour la peine de mort puisqu’ils ne l’ont pas abolie ; ce n’étaient pas pour autant des monstres.
Léon Blum, Charles de Gaulle, Pierre Mendès-France, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, etc. À leur époque, alors que la peine de mort était à l’œuvre, le débat sur la peine de mort n’était pas interdit.

3. Des détenus réclamaient en 2006 la peine de mort pour eux…
« Dix détenus de la centrale de Clairvaux (Aube) ont attiré l’attention sur le sort des condamnés qui purgent des longues peines. “Nous, les emmurés vivants à perpétuité du centre pénitentiaire le plus sécuritaire de France (…), nous en appelons au rétablissement effectif de la peine de mort pour nous”, ont-ils plaidé dans une lettre datée du 16 janvier, publiée le mardi 24. Dans un contexte de durcissement répressif contre la récidive, l’appel dénonce l’allongement de l’exécution des sentences.
“Assez d’hypocrisie ! Dès lors qu’on nous voue en réalité à une perpétuité réelle, sans aucune perspective effective de libération à l’issue de notre peine de sûreté, nous préférons encore en finir une bonne fois pour toutes que de nous voir crever à petit feu”, écrivent les signataires, qui ont passé entre 6 et 28 années en prison.
Entre 2001 et 2005, le nombre de condamnés à des peines de 20 à 30 ans est passé de 915 à 1 384, tandis que celui des condamnés à perpétuité a légèrement diminué : 538 contre 591. » Le Monde, le 25/01/06

4. La peine de mort est moins grave aux USA
Lors de l’élection présidentielle américaine de 2008, les deux candidats MM. Obama et McCain se sont dit en faveur de la peine de mort. Pourtant en France les médias ne diabolisent pas ces hommes politiques, au contraire ils ont alimenté une ferveur certaine en faveur de Barack Obama.

A l’étranger
« L’union Européenne avait envisagé de créer “une journée européenne contre la peine de mort”, à la date du 10 octobre, mais a dû y renoncer n’ayant pas trouvé de compromis avec la présidence polonaise, qui souhaitait en effet qu’y soient condamnés également l’avortement et l’euthanasie.
Les frères Kaczinsky, qui avaient autrefois regretté que la peine de mort soit abolie en Europe et avaient souhaité que soit modifiée la Convention européenne qui la proscrit pour tous les pays européens, ont émis la remarque que la peine de mort étant abolie, cette journée n’avait plus vraiment de sens, à moins d’en faire une “Journée pour la vie”, dans laquelle seraient condamnés aussi l’avortement et l’euthanasie. Or dans l’organisation de l’Europe, il n’est pas possible si un pays s’y oppose de décréter quoi que ce soit, l’UE doit donc y renoncer, tandis que le Portugal tiendra une conférence internationale le 9 octobre pour l’abolition universelle de la peine de mort, et espérait que la signature instituant cette journée ait lieu ce jour précis à Lisbonne. » 18/9/2007, www.come4news.com

Pour le reste voir points 13 et 14 des arguments interdits.

La peine de mort sur les chaînes de télévision publiques
Parmi les innombrables émissions (plus d’une centaine) qui traitent de la peine de mort d’une manière ouverte avant qu’elle ait été abolie, la fameuse émission des Dossiers de l’écran consacre une émission entière au thème : « Pour ou contre la peine de mort », le 6 mai 1970.
Un film est d’abord projeté, « Nous sommes tous des assassins » d’André Cayatte, film pour l’abolition de la peine de mort datant de 1959.
Après ce film, un témoignage qui serait aujourd’hui impossible : celui d’un père de famille, ayant perdu son fils et sa femme par le fait d’un assassin, et militant pour le maintien de la peine de mort. Il essaie de prendre du recul par rapport à ce qu’il lui est arrivé, et emploie des arguments propres aux experts de la question. Justement, deux experts expliquent pourquoi ils sont aussi pour la peine de mort, et débattent avec trois autres experts qui sont contre.
Robert Badinter, le principal artisan de l’abolition de la peine de mort, sera invité des dizaines de fois à la télévision publique française avant l’abolition de la peine de mort.
Les hommes politiques à être publiquement pour la peine de mort après son abolition sont Raymond Barre (voir référence plus haut), Jean-Marie Le Pen, comme lors de l’émission La France en direct le 13 mars 1995, Philippe de Villiers, comme lors de l’Heure de vérité du 23 octobre 1994, Valéry Giscard d’Estaing également à l’Heure de vérité le 24 octobre 1993, Alain Madelin à Tout le monde en parle le 10 juin 2000, Charles Pasqua le 13 février 2002 (lors d’un meeting retransmis).
Les artistes à être publiquement pour la peine de mort sont Brigitte Bardot (le 12 mai 2003, On ne peut pas plaire à tout le monde, France 3), et Michel Sardou (voir plus bas pour le détail).
On trouve encore des débats sur la peine de mort à la fin des années 80, mais uniquement sur France 3 en régions (France 3 Méditerranée le 28 janvier 1989, France 3 Nord le 25 janvier 1989).
Michel Sardou, qui avait écrit, composé et chanté une chanson en faveur de la peine de mort au moment du procès de Patrick Henry (donc avant l’abolition) se dit en 1989 contre la peine de mort.
France 3 diffuse un sujet au JT sur la manifestation de parents en faveur de la peine de mort (le 19 mai 1990).
Pour fêter les 10 ans de l’abolition de la peine de mort, Robert Badinter est seul invité en plateau, le temps n’est déjà plus au débat mais aux réjouissances (France 3, 18 septembre 1991).
Le débat a fait place au témoignage. Comme à la Marche du siècle du 22 avril 1992, les parents d’un enfant de 3 ans assassiné réclament la peine de mort. Ils sont les seuls en plateau à vouloir le rétablissement de la peine de mort, il n’y a plus d’experts pour aller dans leur sens comme en 1970. Et leur discours est purement émotionnel, sans recul sur ce qui leur est arrivé.
Le 17 octobre 1992, Michel Polac dit être pour la peine de mort (Double jeu, France 2).
Le débat sur la peine capitale reprend quand il s’agit de personnes condamnées à mort à l’étranger (Ceaucescu en 1989, condamnés à mort aux USA ou en Chine, Saddam Hussein en 2006, etc.)
Le 21 janvier 1996, l’humoriste Marc Jolivet ridiculise un partisan de la peine de mort dans un sketch diffusé sur France 3, bien que ce partisan explique que sa femme a été atrocement assassinée. Il n’y aura aucune polémique suite à ce sketch, dont la plupart d’entre nous ignorent l’existence aujourd’hui.
Le 2 mars 1997, un « débat » après l’assassinat de 4 jeunes filles à Outreau. Le seul à évoquer la peine de mort est le père d’une victime, et il est résolument contre : ” Le débat de la peine de mort doit être complètement terminé et depuis longtemps… Agiter la peine de mort, c’est un peu faire croire à une fausse sécurité parce que cela ne servirait strictement à rien !”
Le 6 avril 1997, un reportage de 50 minutes sur France 2 sur un ancien condamné à mort, Jacques Lerouge. C’est en 1968 que tout a basculé pour lui après le braquage d’une banque et le meurtre du propriétaire de la villa dans laquelle il s’était réfugié. Emprisonné trois ans à la maison d’arrêt d’Evreux, il est condamné à mort en 1971. Jacques Lerouge raconte son incarcération, les nuits interminables en attendant “le bourreau”. Il est libéré en 1985 après 14 ans d’emprisonnement. Il explique comment il aide d’anciens prisonniers à se réinsérer en les plaçant dans des organismes de formation.
Changement dans le vocabulaire : les « meurtriers » et les « assassins » d’avant 1981 deviennent les « condamnés à mort » (Bouillon de Culture, France 2, 11 avril 1997).
Ceux qui se disent pour la peine de mort sont désormais uniquement étrangers. Par exemple Dodley Sharp (vice-président texan de “Justice pour tous” pour la peine de mort), JT 20h de France2, le 1er février 1998.
Le 23 avril 1998, Michel Polac (qui se disait pour la peine de mort en 1992) réalise une émission sur la peine de mort notamment, où seuls des opposants à la peine de mort ont la parole (Qu’est-ce qu’elle dit Zazie, France 3).
Le 29 octobre 2000, Michel Sardou (qui était contre la peine de mort en 1989) dit à Michel Drucker qu’il est pour la peine de mort sur le plateau de Vivement Dimanche (France 2).
Le 25 novembre 2000, Thierry Thuillier, responsable du service de politique étrangère de la rédaction, explique sur le plateau de l’Hebdo du médiateur : « Il n’y a pas de débats aux USA parce que les hommes politiques sont tous favorables à la peine de mort. C’est vrai qu’en fonction du degré, on peut considérer que Georges Bush applique plus facilement la peine de mort que Al Gore. »
Le 6 octobre 2001, le discours de Robert Badinter pour la cérémonie du 20ème anniversaire de l’abolition est interrompu par des partisans de l’abolition des longues peines.
Le 30 novembre 2002, diffusion d’un reportage sur la journée contre la peine de mort. Commentaire du journaliste : « Les idées abolitionnistes ont progressé ces dernières décennies, mais 86 pays appliquent encore la peine capitale… »
Jusqu’en 2007, près de 200 reportages concernant la peine de mort sont diffusés. La seule mention pour la peine de mort sera un reportage de 18 secondes par rapport à la manifestation organisée par le Front National le 20 mai 2006.
Notamment, la proposition de loi, déposée le 8 avril 2004 par 47 députés, tendant à rétablir la peine de mort pour les auteurs d’actes de terrorisme, fut complètement passée sous silence.
Extrait de cette proposition de loi : « Si certains terroristes « kamikazes » sont prêts à donner leur vie pour l’accomplissement de leur funeste dessein, les chefs de ces organisations terroristes restent, quant à eux, dans la clandestinité. Une fois arrêtés, que dire alors de ces terroristes condamnés à la prison à vie qui continuent à communiquer au grand jour depuis leur cellule avec leurs complices, à donner des interviews voire à publier leurs mémoires ? L’exemple récent du terroriste Carlos emprisonné en France en a donné une triste illustration. Que faire devant le risque, demain, de voir des attentats perpétrés pour obtenir la libération d’un chef terroriste incarcéré et devenu le porte-drapeau d’un mouvement extrémiste ?
Toutes les démocraties européennes ont aboli, au cours des dernières décennies, la peine de mort au nom des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. La France a également renoncé au châtiment suprême avec la loi du 9 octobre 1981. Cette évolution générale constitue une avancée pour l’homme qu’il n’est pas, aujourd’hui, question de remettre en cause. Pour autant, les pays occidentaux ne doivent pas céder devant le terrorisme. Ils doivent pouvoir lutter et condamner avec la plus grande fermeté ces actes barbares, en apportant une réponse forte et sans équivoque aux ennemis de la liberté. Rien ne doit les amener à composer avec cette forme ultime de violence qu’est le terrorisme.
Dans l’intérêt supérieur des Etats, la France, en lien étroit avec ses alliés européens, doit amplifier la lutte antiterroriste et afficher une fermeté exemplaire. C’est pourquoi, il importe qu’elle puisse disposer de cette peine d’exception qu’est la peine capitale, pour combattre le terrorisme, « crime majeur contre la démocratie », selon l’expression de Robert Badinter. »
Enfin, le 12 septembre 2009, dans l’émission On n’est pas couché sur France 2, Eric Zemmour constate et regrette l’absence de débat sur la peine de mort : « Aujourd’hui, on interdit le débat, on n’a pas le droit d’être pour, on passe pour un criminel de guerre, ça m’énerve. En supprimant la peine de mort, on a délégitimé une hiérarchie des peines. »

Bibliographie
Ordonnances pour un Etat malade, Maurice Druon, de l’Académie Française, aux éditions de Fallois / Le Rocher, 2002
Sur l’effet dissuasif de la peine de mort : http ://www.cjlf.org/deathpenalty/DPDeterrence.htm
La Raison des nations, Pierre Manent, Gallimard, 2006
Le Figaro, 17 août 2007 : « Enlèvement d’Enis : le pédophile sortait de prison »
Le Monde, « L’appel de Clairvaux », le 25/01/06
La Provence, « Patrick Henry a tout gâché », mercredi 16 avril 2003

Pour vous procurer le petit dictionnaire des débats interdits dédicacé par l’auteur, cliquez ici.

 

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