Eloge du conservatisme

Publié le par Chouan Bourguignon

Eloge du conservatisme

IVAN RIOUFOL
02 juin 2006, (Rubrique Opinions)

Les nouveaux conservateurs ? Là, sous nos yeux. En rejetant, il y a un an, la Constitution européenne et le vide existentiel de sa technocratie mercantile, les Français ont amorcé un retour à des valeurs oubliées, protectrices d’une identité menacée par la déculturation, la mondialisation, la « chienlit laisser-fairiste » (Maurice Allais). Paradoxe : ce sont deux ex-ouiistes, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qui portent ces aspirations « réactionnaires ».

Laurent Fabius, figure du non à gauche, ne fait plus illusion. Son apparente intuition du mal-être social dissimulait une posture, imperméable aux noirs pressentiments des gens. Le désintérêt qu’il reçoit des sondés reflète les limites de son analyse, accrochée aux basques du vieux socialisme étatique. Les Français redoutent moins le libéralisme que leur propre dilution.

Il faut reconnaître à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal d’avoir vite compris cette inquiétude, que Philippe de Villiers a su, le premier, exprimer au nom de la droite. Alors que souveraineté, nation, autorité, étaient des mots laissés au FN avant le 29 mai 2005, ils ont rejoint les discours des deux principaux prétendants à l’Élysée. L’opinion en redemande.

Ségolène en est presque à reprendre le « Travail, Famille, Patrie », flétri par Vichy. « Revaloriser le travail, défendre les familles dans leur diversité, nucléaire, recomposée, monoparentale, homoparentale, et savoir ce qui nous fait tenir debout dans une même nation, oui, c’est important », dit-elle (Les Échos, 19-20 mai). Mercredi, elle a suggéré d’envoyer à l’armée les délinquants de plus de 16 ans.

Les nonistes de gauche, qui voient dans le 29 mai une victoire contre le capitalisme, se trompent d’époque. 93 % des Français réclament des réformes, et d’abord pour le droit du travail. Six fonctionnaires sur dix estiment « urgent de réformer le fonctionnement de l’État et du secteur public », notamment par l’allégement des effectifs. L’archéoconservatisme de la gauche n’a rien de commun avec ce mouvement naissant.

Face au champ de ruine que pourrait être la France millénaire dans quelques proches générations, la révolution néoconservatrice annoncée (Bloc-Notes du 12.11.2004) court plus vite que prévu. Elle oblige à se plier à ses exigences. La droite est la mieux placée pour être le porte-voix de ce sursaut, qui redessine l’Europe des nations. La majorité saura-telle être à la hauteur ?

Drut : l’affaire de trop

Jacques Chirac aurait voulu exaspérer un peu plus, il ne s’y serait pas pris autrement : en accordant une amnistie à son ami Guy Drut, condamné à quinze mois de prison avec sursis pour avoir bénéficié d’un emploi fictif, le président de la République ne s’est pas soucié d’être compris, ni de comprendre. Une attitude déroutante, alors que le non à la Constitution a révélé la fracture entre le peuple et ses élites. Le bras d’honneur n’en est que plus provoquant.

Peu importe les justifications sur la nécessité pour le pays de garder, avec Drut amnistié, son siège au Comité international olympique. Le tiers état ne peut admettre un tel fait du prince, illustration des pratiques hautaines d’un Ancien Régime que nombre de citoyens rejettent. Comment les Français, éreintés par les contraventions routières, pourraient-ils se signer devant ce bon plaisir ?

Rien ne les révulse tant que l’injustice. Elle est flagrante dans cette exception à la tolérance zéro, partout rabâchée. Pour cela, l’affaire Drut est plus grave que la débandade du CPE ou le guignolesque dossier Clearstream. Alors que Chirac, à Brasilia l’autre jour, fustigeait le déclinisme en le jugeant « déconnecté par rapport aux réalités », force est de constater son propre aveuglement.

C’est l’accumulation de ces maladresses qui incitent les citoyens à dire non au pouvoir, au risque d’apparaître, faussement, adeptes de l’immobilisme. Et c’est Ségolène Royal, notamment avec son gadget des « Cafés Ségolène » qui vont s’ouvrir à Paris pour soutenir sa démocratie participative, qui pourrait tirer avantage de la rupture nécessaire. A moins que Nicolas Sarkozy ne quitte rapidement le gouvernement.

Le maire accusé

Cette réflexion de Jean Clair, dans son excellent Journal atrabilaire (Gallimard) : «Dans un temps où tout se détruit, le beau nom de « conservateur ». Voire : dans un temps où tout furieux court à sa ruine, le fier nom de « réactionnaire ». Or, il demeure une grande répugnance à user de ces deux mots, dans une époque où, du patrimoine naturel – l’eau, les plantes, les espèces, etc. – au patrimoine culturel – les monuments, les bibliothèques, les archives – il serait urgent, plus qu’à tout autre, de prendre des mesures conservatoires ».

Un constat similaire peut être dressé concernant la violence urbaine, contre laquelle toute réaction est vouée à la critique des belles âmes. Pour avoir cherché à répondre à l’envolée de la délinquance à Montfermeil, Seine- Saint-Denis – 450 % de hausse depuis le début de l’année ! – en interdisant les rassemblements de mineurs dans certaines rues du centre, le maire UMP, Xavier Lemoine, a vu son arrêté suspendu par le tribunal administratif.

Depuis, deux de ses filles ont été rouées de coups, deux autres ont été insultées et sa maison a été prise pour cible. Dans la nuit de lundi à mardi, une centaine de voyous a, à nouveau, caillassé son domicile, puis la mairie. Mais c’est l’élu que la gauche a accusé, mardi, d’avoir créé « un contexte de violence » (François Hollande). Les encapuchonnés ont gagné ; l’obscurantisme avec eux.

Silence

Dimanche, rue des Rosiers, dans un quartier juif de Paris, une trentaine de Noirs armés de bâtons a défilé en criant des menaces antisémites. Silence des droits de l’hommistes.
irioufol@lefigaro.fr

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