La gauche qui s'aime (trop)

Publié le par Chouan Bourguignon

La gauche n'est pas prête. Son archaïsme économique, aimablement souligné samedi par François Bayrou au cours de son dialogue saugrenu avec Ségolène Royal, l'éloigne des compétitives social-démocraties. Son dogmatisme, manifesté ces jours-ci par sa fougueuse défense de l'héritage de Mai 68, freine sa modernisation. Son discours d'apaisement est celui qui accompagne le déclin d'un pays n'osant plus dire non. Son auto-contentement (« Nous nous aimons beaucoup », a confié la candidate devant ses militants, mardi) la maintient dans un monde clos.

Ni sur la croissance ni sur l'identité nationale, les deux sujets au coeur des préoccupations des gens, Royal n'a apporté de réponses, en dépit d'un aplomb désarmant. Mercredi soir encore, devant Nicolas Sarkozy, elle a soutenu que sa volonté suffirait à relancer l'économie, car « tout se tient ». Quant à sa vision d'une France multiculturelle, elle lui interdit d'exiger l'adhésion des nouveaux venus à un mode de vie respectant le pays d'accueil et son histoire.

La gauche, nombriliste et donneuse de leçons, n'a pas changé. Elle se félicite de l'agressivité de sa candidate, mais ne tolère aucun geste d'humeur en face. Recourant aux accusations sans preuve - le « summum de l'immoralité politique », qu'aurait atteint Sarkozy en s'inquiétant de l'accueil des handicapés à l'école, reposait sur de fausses affirmations de Royal -, elle met en scène son sectarisme. Quand elle dénonce le choix de son adversaire pour un peu de proportionnelle au Parlement, elle oublie que c'est sa proposition.

Le procès contre l'intolérance et le pharisaïsme de ces faux gentils, depuis longtemps ouvert ici, est porté maintenant par la droite décomplexée. Alors que la candidate lance des SOS illisibles, associant José Bové à Dominique Strauss-Kahn, Sarkozy tire profit du parler vrai que la gauche lui reproche, y voyant « un problème pour la démocratie ». Pour être resté, lui aussi, dans cette hypocrite bien-pensance, François Bayrou se voit lâché par ses troupes UDF.

Néanmoins, rien n'est acquis. Trente ans d'intimidation et d'en-doctrinement ont laissé des traces dans l'opinion. À rebours des accusations contre le président de l'UMP, qui aurait la haute main sur les médias, la campagne a montré la force de frappe des opposants à la rupture. La possible victoire de la droite a consolidé le front anti-Sarkozy, auquel s'est joint, mardi, Jean-Marie Le Pen humilié. Malgré la lucidité de nombreux Français, l'immobilisme peut gagner dimanche soir.



École du clonage

La gauche, qui qualifie cette fois Nicolas Sarkozy de « bolchevique » et de « pétainiste », à cause de son réquisitoire, dimanche dernier, contre le relativisme de Mai 68, se montre dans son conservatisme têtu. Car l'étendue du désastre éducatif, ignoré durant la campagne, a bien sa source dans cette idéologie hédoniste et citoyenne pour qui l'apprentissage est un divertissement et le maître l'égal de l'élève. Entendre, lundi, Philippe Mérieu, un des fondateurs des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), s'alarmer d'un retour à l'autoritarisme rappelle l'enfermement des doctrinaires.

Ces IUFM sont en partie responsables de l'école militante, qui ne sait plus transmettre la culture. « Depuis des décennies, la destruction de l'instruction publique en France est organisée par ceux-là mêmes dont la fonction serait de la consolider », avait noté le mathématicien Laurent Lafforgue, en pointant la responsabilité des « doctrines absurdes » imposées aux enseignants. Depuis, il a pris l'initiative, avec d'autres, d'appeler à « la refondation de l'école » et de proposer au futur président de la République de signer un pacte pour sauver, en urgence, le primaire.

Ce document, soutenu par 10 000 signataires, dénonce l'ap-pauvrissement depuis trente ans des programmes scolaires, la pratique ludique des nouvelles technologies, la multiplication des activités périscolaires, le pédagogisme fondé sur la « construction du savoir par l'élève », l'abaissement des exigences. Le constat brise un dogme ayant conduit à l'illettrisme et à la perte de l'esprit critique. Mais la gauche, rassemblée mardi soir au stade Charléty, haut lieu de Mai 68, s'est empressée de défendre cette école du clonage : son meilleur allié électoral.



Le prix de la paix civile

Il reste évidemment des doutes sur la volonté de Sarkozy, s'il est élu, de traduire tous ses discours dans les actes. Mais au moins a-t-il fait les diagnostics dérangeants qui lui valent d'être accusé par Royal de « mettre en danger la paix civile ». La candidate, saluée au soir du premier tour par des femmes arborant le foulard islamique devant les télévisions, se dit prête à assurer l'apaisement, menacé par les cités musulmanes. Le prix en est connu : il passe par une reconnaissance de leurs exigences.

C'est ainsi que Royal, en février à Clichy-sous-Bois, a signé le contrat social et citoyen rédigé par le collectif AC le feu, né des émeutes de novembre 2005. Les banlieues y sont présentées comme « stigmatisées dans leur culture, leur religion et leur mode de vie ». Elles demandent « la juste considération de l'origine sociale de la délinquance » et font « obligation » aux médias « de réformer leurs représentations et leurs discours sur les quartiers populaires afin de contribuer à la cohésion sociale ».

Or, ce n'est pas à la République de faire acte d'allégeance aux cités, même si celles-ci doivent être aidées plus que d'autres. La montée de l'islamisme tire profit de ces soumissions unilatérales. Ces jours-ci, ce sont les laïcs turcs - ils étaient un million à défiler dimanche à Istanbul - qui dénoncent dans le port du voile le symbole de l'islam politique. Dans les banlieues françaises, il se généralise. Ce n'est pas Royal qui s'en inquiétera.

http://www.lefigaro.fr/debats/20070504.FIG000000048_la_gauche_qui_s_aime_trop.html

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