Guerre contre Noel

Publié le par Chouan Bourguignon

Source : http://www.topchretien.com/topinfo/?/12031/faudratil-un-jour-debatiser-noel

Qui ne s'est aperçu de la substitution de langage qui, d'année en année, sur les frontons des mairies et édifices publics, transforme le traditionnel souhait de "Joyeuse fête de Noël" en "Joyeuses fêtes de fin d'année" ou "Joyeuses fêtes" tout court ? Ce n'est pas simple fantaisie sémantique. Le nom de Noël, qui évoque la naissance du Christ, événement fondateur de l'histoire et de la foi chrétiennes, est-il devenu politiquement incorrect dans la société multiculturelle d'aujourd'hui, au point qu'il faille éviter de le prononcer ? Plus qu'en France, à l'approche du 25 décembre, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, des initiatives sont prises contre un affichage trop voyant de la fête de Noël, pour ne pas risquer de choquer la sensibilité des croyants des autres religions.

En Angleterre spécialement, une "guerre de Noël", comme écrit la presse, a éclaté. Les symboles de la fête, qu'ils aient un lien avec le rite chrétien (la crèche) ou n'en aient aucun (le sapin), disparaissent peu à peu du paysage. Selon The Sun, dans plus des trois quarts des bureaux londoniens, les décorations de Noël auraient été déconseillées, voire interdites. Dans la commune de Luton, Noël a été rebaptisé "Luminous". A Birmingham, le nom a été remplacé dans les documents administratifs par celui de "Fête de l'hiver". Dans les postes britanniques, sur les timbres de fin d'année, à la place de la crèche, de l'étoile des bergers et des trois rois mages, ce sont des bonshommes de neige et des rennes qui ont été imprimés.

Cette "débaptisation" de Noël ne se fait toutefois pas sans réaction dans la population britannique, où des associations chrétiennes s'insurgent contre "les dérives qui démolissent la fête chrétienne la plus aimée". Et Mgr John Sentamu, archevêque d'York, numéro deux de l'Eglise anglicane, a accusé "les athées et les sécularistes agressifs de vouloir balayer les symboles chrétiens de la vie publique" pour créer cette "situation absurde" : tenter de faire croire que la fête de Noël offense les autres traditions, notamment hindoue ou musulmane, présentes sur le sol britannique.

En Espagne, à Saragosse, un établissement scolaire a interdit la récitation de poèmes et le chant de cantiques de Noël. Comme en Grande-Bretagne, il s'agit de ne pas indisposer les enfants des autres religions. Ce "politiquement correct anti-Noël" aurait été inspiré par un manifeste du Parti socialiste au pouvoir, selon lequel "la laïcité est le seul garant de la liberté et de l'égalité". Mgr Fernando Sebastian Aguilar, archevêque de Pampelune, s'est élevé contre "cette vision appauvrie et défigurée qui fait de la religion une activité dangereuse ou une source d'intolérance".

A Munich encore, au coeur de la Bavière catholique, où les traditionnels Weihnachtsmärkten ("marchés de Noël") sont souvent baptisés, depuis l'an 2000, "Milleniummärkten", la presse fait observer que, dans les quartiers à forte proportion d'immigrés, les Weihnachstfesten ("fêtes de Noël") se font moins nombreuses et plus discrètes. L'Italie elle-même n'échappe pas à cette vague de laïcisme et, à Bolzano (Trentin-Haut-Adige), dans une école maternelle, les enseignantes ont décidé cette année d'éviter tout chant de Noël.

Aux Etats-Unis, la polémique est vive. A Chicago, la mairie a interdit, sur le marché de Noël de la ville, la diffusion de bandes-annonces du film La Nativité. A Riverside, en Californie, lors d'un spectacle sur glace, une chorale d'enfants interprétant des chants de Noël a été interrompue sous prétexte que la star invitée, Sasha Cohen, de confession juive, médaillée d'argent aux Jeux olympiques de Turin en 2006, se produisait sur la glace. La patineuse n'avait rien demandé et s'en est étonnée.

"Les scènes de la Nativité et les décorations de Noël sont devenues taboues aux Etats-Unis", déplore l'association Family Research Council. Sous la pression de groupes chrétiens, des chaînes de distribution ont restauré le "Joyeux Noël" dans leur communication promotionnelle, mais l'Alliance Defense Fund (ADF), autre association chrétienne, a mobilisé ses avocats pour écrire à 11 500 directeurs d'établissements scolaires et leur rappeler que le Noël chrétien avait toujours droit de cité. " Il est ridicule que les Américains doivent hésiter avant de savoir s'il est convenable de dire "Joyeux Noël" !", a affirmé un responsable de l'ADF. "La guerre de Noël est une invention de gens amers qui n'acceptent pas que l'Amérique ne ressemble pas à l'image qu'ils s'en font, a répliqué Leonard Steinhorn, professeur à l'American University de Washington. Nous sommes une société plurielle, et il nous faut célébrer cette diversité."
Sans doute ne faut-il pas surestimer ces indices d'une volonté de cacher les symboles d'une fête aussi typiquement religieuse que celle de Noël, récupérée et défigurée, depuis longtemps déjà aux yeux des fidèles chrétiens, par la société marchande. Mais la question sous-jacente est bel et bien là, récurrente dans les polémiques des dernières années sur le port du voile islamique ou de tout autre signe religieux, à l'école notamment. Au nom du "vivre-ensemble" dans la société multiculturelle d'aujourd'hui, l'affichage de symboles, de rites, de fêtes propres à une tradition religieuse doit-il être considéré comme inopportun, voire de nature à encourager les communautarismes et les signes de crispation identitaires ?

"AU NOM DU POLITIQUEMENT CORRECT"


Il est légitime de penser que l'expression de "Joyeuses fêtes" (happy holidays) permet d'englober la Hanoukka des juifs, le Noël des chrétiens, l'Aïd el-Kébir des musulmans qui, cette année, tombe le 31 décembre, et les fêtes de fin d'année. Faut-il pour autant cacher ou débaptiser des fêtes religieuses jugées ostentatoires et que la laïcisation de la société remplace déjà par d'autres rites collectifs, comme en France la Fête de la musique, la Fête du patrimoine ou la Nuit blanche ? Est-ce le meilleur moyen de rendre compte de la pluralité culturelle et d'encourager la tolérance ? "Au nom du politiquement correct, faudra-t-il un jour débaptiser toutes les villes qui portent le nom d'un saint et, à la place de Noël, revenir à la fête païenne du Soleil ?", s'interroge Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, auteur en 2001 de La France païenne.

L'Europe n'est certes plus de culture chrétienne, si tant est qu'elle l'ait jamais été complètement. Mais l'ignorance de son patrimoine historique de valeurs, de références et de fêtes religieuses va à l'encontre d'une pratique apaisée de la laïcité et du dialogue entre les ethnies, les cultures, les confessions. Une laïcité éclairée passe par le droit de tout citoyen de professer ses convictions, y compris religieuses, tout en contribuant identiquement au vouloir-vivre ensemble.

Publié dans chouanbourguignon

Commenter cet article