Montée de l'extrême-droite en Europe de l'Est

Publié le par Chouan Bourguignon

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Un cocktail populiste et fasciste se prépare à l'Est

De la Baltique à la mer Noire, on voit apparaître un vaste et très inquiétant croissant ultra nationaliste et antisémite dont les corps francs -- skinheads et apparentés -- sont prêts à tenir les rues et les places des centres urbains. Analyse.
PAR GERARD DELALOYE


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La victoire cossue, en avril dernier, d'une «gauche» emmenée par le fringant premier ministre sortant Ferenc Gyuresany annonçait des années paisibles pour les gouvernants de Budapest. L'opposition de «droite» de Viktor Orban étant confinée dans une opposition gesticulante et vaine, les réformes en attente depuis des années devaient logiquement pouvoir être lancées.

Le malaise est-européen semblait beaucoup plus perceptible ailleurs, en Pologne, en Slovaquie, en République tchèque, voire en Roumanie et en Bulgarie, ces candidats à l'UE qui ont bien de la peine à en franchir le seuil.

C'était compter sans l'instabilité profonde des sociétés issues de l'ex-empire soviétique. Quinze ans après la chute des dictatures communistes, elles en sont encore à cimenter le socle sur lequel elles vont se reconstruire. Raison pour laquelle il est parfaitement vain d'analyser les situations nationales en termes de gauche ou de droite.

Esquissé à grands traits, le positionnement des partis politiques qui se partagent le pouvoir à l'Est est celui d'un vaste magma centriste dont les acteurs n'ont trop souvent qu'un objectif: être au pouvoir pour s'enrichir le plus rapidement possible.

Le Hongrois Ferenc Gyuresany est l'exemple type de ce comportement: jeune communiste, placé au bon endroit au bon moment (en 1989), il s'est approprié des biens appartenant au parti communiste, puis les a fait fructifier au point d'amasser une fortune colossale en quelques années. Ce monsieur est un menteur comme il l'a reconnu publiquement. C'est aussi un voleur. Il est loin d'être le seul.

Magma centriste. Les acteurs de la politique est-européenne appartiennent encore pour une large majorité à des générations politiciennes formées par les Soviétiques. Leur appréhension de la démocratie, du débat politique, du respect des droits humains, etc., est formelle, souvent pleine de bonne volonté, mais formelle quand même.

Pour compliquer les choses, portés aux affaires au moment-même où le néo-libéralisme mondialisant balayait la planète, ils n'ont jamais eu des repères clairs sur les valeurs de gauche ou de droite, les différences ayant été gommées au point que même les grandes démocraties de l'Ouest peinent à se situer politiquement, à définir une identité politique qui ne soit pas platement néo-libérale et conservatrice. On va pouvoir l'observer au cours des mois prochains dans l'empoignade entre Sarkozy et Ségolène.

De surcroît, ils ne peuvent faire appel à de lointaines racines historiques. Issus du remembrement européen consécutif à la guerre de 14-18, ces pays furent (déjà) au cours de l'entre-deux-guerres des Etats nations en formation et n'eurent pas eu le temps d'arriver à maturité avant la guerre de 39-45. Ils n'ont ainsi ni tradition démocratique à laquelle se raccrocher, ni grandes figures historiques à prendre comme référence.

La plupart des partis qui ont tenté de renouer avec le passé ont subi un échec. Ce fut par exemple le cas des agrariens roumains qui, après avoir gagné les élections de 1996 à la tête d'une coalition de «droite» ont disparu de la scène politique quatre ans plus tard.

Pour le moment, les différents partis gouvernementaux de l'Est se distinguent surtout par leurs attaches internationales aux côtés des sociaux-démocrates, des libéraux ou des démocrates-chrétiens. Mais sur le terrain, il faut un microscope pour les différencier.

Ce magma centriste est partout flanqué de groupuscules d'extrême droite qui eux ont un passé, des références historiques et des idéologies à proposer. Ils peuvent appartenir aux mouvances modernes (fascistes, nazis...) post-modernes (skinheads...) ou pré-modernes (ultra-nationalistes). Ils jouissent sur leurs congénères de l'Ouest de l'immense avantage de ne pas avoir de concurrence à l'extrême gauche et de ne pas être contestés dans la rue.

Ce sont ces groupuscules qui sont au pouvoir en Pologne et en Slovaquie, qui tiennent le haut du pavé à Budapest ces jours-ci et qui sont vraisemblablement appelés à connaître d'autres succès ailleurs. En Roumanie, la personnalité montante qui tient la une des médias (et monte dans les sondages: 38% le 19/09) depuis des mois est un homme hyper dangereux, ancien berger de moutons devenu millionnaire en spéculant avec des terrains militaires acquis pour une bouchée de pain.

Gigi Becali se pavane en Maybach, possède le club de foot Steaua, dirige un parti politique directement inspiré par l'idéologie légionnaire (les nazis roumains des années 1930) et se dit investi d'une mission divine, la défense d'un avant-poste de la chrétienté contre les hordes orientales. Or l'état de déliquescence de la classe politique roumaine est tel qu'il peut fort bien être propulsé au pouvoir à la moindre accentuation de la crise.

La Hongrie a aussi son Becali, en moins coloré mais en plus nationaliste. Il s'agit Istvan Csurka, le président du Parti de la vie et de la justice (MIEP), ultra nationaliste et notoirement antisémite. Eliminé du parlement il y a quatre ans, il va certainement profiter de la crise actuelle pour reconquérir des électeurs et des partisans.

Il convient pour comprendre le danger du cocktail populisto-fasciste qui menace l'Europe de l'Est de tenir compte de l'entrée au gouvernement polonais -- dirigé par les frères Lech et Jaroslaw Kaczynski qui ne passent pas pour des modérés -- des dirigeants de deux formations extrémistes ultras et antisémites, Andrzej Lepper et Roman Giertych qui ont chacun été nommés vice-premier ministre.

En Slovaquie, le «Parti National Slovaque» (SNS) qui a mené une campagne électorale marquée par une vive xénophobie anti-hongroise et anti-tsigane flagrante a été intégré au gouvernement par les socialistes (!) de Robert Fico.

Se dessine ainsi, de la Baltique à la mer Noire, un vaste et très inquiétant croissant ultra nationaliste, antisémite et fasciste dont les corps francs -- skinheads et apparentés -- sont prêts à tenir les rues et les places des centres urbains.

Cela, sur fond de crise économique, de paupérisation accélérée des populations et de déliquescence morale des élites à l'exemple de Gyuresany. Si l'on ajoute que cela survient deux ans à peine après leur entrée dans l'Union européenne, un constat s'impose: l'élargissement a été aussi mal préparé que la constitution concoctée par Giscard.

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