Le projet de conquête de l'Europe par les soviétique

Publié le par Chouan Bourguignon

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Moscou voulait l’apocalypse

Révélation spectaculaire en Pologne : l’URSS avait bien prévu de frapper l’Europe avec des armes nucléaires et de foncer jusqu’à l’Atlantique. Varsovie accuse Moscou.

Un pays presque rayé de la carte, des centaines de villes anéanties par des bombes atomiques, des millions de civils tués, l’armée Rouge au-delà du Rhin… Le sort de l’Europe était peut-être scellé depuis 1979 sur une vieille carte militaire. C’est ce qu’a révélé le nouveau ministre polonais de la Défense, Radoslaw Sikorski. Écorné, annoté, large de deux mètres, haut d’un mètre cinquante, strié de lignes bleues et rouges, ce document présente le plan de la contre-offensive de Moscou et de ses alliés en cas d’attaque de l’Otan.
« Découvrir la carte a été une expérience troublante, bouleversante, a expliqué Radoslaw Sikorski lors d’une conférence de presse consacrée à l’ouverture des archives secrètes de l’ancien pacte de Varsovie. Cette carte montre que Moscou nous demandait de participer à une opération qui pouvait entraîner l’annihilation nucléaire de notre pays. » Cette carte est explicite. Elle révèle les mouvements du pacte de Varsovie (URSS, Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, RDA, Roumanie et Bulgarie) dans une contre-attaque, car les “forces de progrès” n’auraient jamais attaqué en premier… Ces mouvements prévoyaient une offensive jusqu’à l’Atlantique.
« La carte comporte les points d’impact prévus des armes nucléaires, à la fois dans des pays de l’Otan et de la sphère soviétique », a précisé Radoslaw Sikorski. Ces impacts sont matérialisés par des pictogrammes représentant des champignons nucléaires rouges (bombes du pacte) et bleus (bombes de l’Otan). Leur taille varie en fonction du degré d’intensité des armes atomiques utilisées. Les plus gros champignons ont été placés sur les villes belges de Bruxelles, Anvers et Charleroi. « Les trois bombes qui auraient rasé la Belgique », a titré le quotidien la Libre Belgique.
Les villes allemandes de Munich, Brême, Cologne et Hambourg auraient également été visées, comme Amsterdam et Haarlem aux Pays-Bas. Selon les militaires du pacte de Varsovie, la Pologne devait être le pays le plus meurtri : 43 villes devaient être bombardées par l’Otan le long de la Vistule, dont Varsovie, Lodz, Gdansk, Poznan, Wroclaw, Szczecin… Prague est également ornée d’un champignon bleu. Au total, 150 à 200 bombes atomiques des deux camps figurent sur cette carte de l’apocalypse.
Le document indique aussi qu’à force de bombardements nucléaires, les troupes du bloc soviétique comptaient envahir l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark et s’assurer un accès direct à l’océan Atlantique. La France et la Grande-Bretagne étaient épargnées.

L’opération “Sept jours jusqu’au Rhin”.

Le nom de code de cette opération est sans équivoque : “Sept jours jusqu’au Rhin”. Selon Radoslaw Sikorski, plus de deux millions de civils polonais auraient péri si un tel plan avait été mis à exécution.
« Ces documents représentent une simulation de guerre et non pas un plan militaire arrêté, précise John Keegan, historien du fait militaire et spécialiste des questions de défense pour le quotidien anglais London Daily Telegraph. Traditionnellement, ces jeux de guerre sont des exercices théoriques utilisés pour tester des projets militaires avant que des plans formels soient adoptés. Ainsi le plan Schlieffen, qui prévoyait l’invasion de la France et de la Belgique en 1914, vit d’abord le jour sous la forme de jeux de guerre et de cartes. »
Le ministre polonais de la Défense a fait savoir qu’il avait déclassifié 1 700 dossiers secrets du pacte de Varsovie. « Ces documents sont capitaux pour édifier l’opinion publique sur la façon dont la Pologne a été contre son gré l’alliée de l’Union soviétique durant la guerre froide. » Ces dossiers seront transmis à l’Institut national du souvenir (IPN), où les historiens pourront les consulter. Chargé d’étudier l’histoire contemporaine, cet institut abrite déjà les archives secrètes de la Sluzba Bezpieczenstwa (SB), la police secrète communiste.
« La clause top secret qui s’applique à ces dossiers sera progressivement levée », a précisé Sikorski, qui affirme que Varsovie n’est pas liée par l’accord de confidentialité signé par les anciens pays du pacte lors de sa dissolution, en 1991. La Pologne n’a jamais ratifié cet accord. De plus, elle est désormais membre de l’Otan.
Selon Sikorski, ces documents devraient apporter des informations sur l’intervention du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie en 1968 pour mater le printemps de Prague et sur l’instauration de la loi martiale en 1981 en Pologne par le général Wojciech Jaruzelski. Leon Kieres, le directeur de l’IPN, est le premier à avoir pu consulter une partie de ces archives. « Les documents les plus importants se trouvent sans doute à Moscou, a-t-il confié à Libération. Mais ces archives devraient apporter des réponses à plusieurs questions : notre degré de soumission à la Russie, le rôle de l’armée polonaise dans l’écrasement de la révolte ouvrière en 1970 à Gdansk, la position de nos officiers lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968, et, surtout, s’il y a eu un vrai danger d’intervention soviétique en 1981 en Pologne, argument du général Jaruzelski pour justifier sa décision d’instaurer la loi martiale le 13 décembre 1981. »
L’ouverture de ces archives secrètes intervient deux semaines seulement après l’investiture du nouveau gouvernement conservateur issu des élections du 25 septembre remportées par le parti Droit et Justice des frères jumeaux Kaczynski. Élu dans la foulée des législatives à la présidence du pays, Lech Kaczynski veut mener la vie dure aux anciens communistes au nom de la “révolution morale” promise à ses électeurs. « Il est important pour la santé de la société civile que les histoires de moralité soient contées : si l’on agit contre l’intérêt national, on doit un jour pouvoir rendre des comptes, a prévenu le ministre de la Défense. Ce gouvernement veut en finir avec la période communiste. »
Ancien dissident, proche des milieux conservateurs américains, Radoslaw Sikorski ne semble pas près de pardonner son expulsion de Pologne dans les années 1980 : déchu de sa nationalité, il devint citoyen britannique. L’opposition de gauche crie à la propagande, arguant du fait que le délai pour l’ouverture des archives militaires est de trente ans.
La décision du gouvernement polonais n’est pas seulement un signal politique à destination des ex-communistes polonais mais aussi à l’égard de la Russie. Les relations entre les deux pays se sont dégradées. La décoration du général Jaruzelski par le président Poutine, le 9 mai 2005, lors de la commémoration des 60 ans de la victoire contre les nazis, a été mal acceptée par de nombreux Polonais.
« Tous les pays veulent bâtir leur présent et leur futur sur la vérité sur le passé, et je suis sûr que cela ne détériorera pas nos relations avec la Russie », assure le premier ministre Marcinkiewicz. Mais la pose, le 9 décembre, du premier tube du futur gazoduc germano-russe qui contournera la Pologne, à sa grande fureur, en passant sous la Baltique, n’a fait qu’ajouter un peu plus d’eau dans le gaz entre Varsovie et Moscou.
Michel Arnaud

Publié dans chouanbourguignon

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