Le calvaire des enfants-jockeys

Publié le par Chouan Bourguignon

http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=83&art_id=306128

De riches propriétaires recherchent de jeunes garçons en Asie du Sud pour des courses de chameaux. Une plainte pour esclavage est déposée aux Etats-Unis.

EPA

Mardi, à Abou Dhabi, un chameau issu d'une «lignée primée» a été acquis, lors d'une vente aux enchères, pour la somme de 680 000 dollars par un collectionneur d'Oman, que l'on qualifierait volontiers de «scandaleusement riche». Ce qui apparaît comme une sorte de record dans la vente de chameaux de course s'explique par la passion des pays de la région pour les compétitions de ces quadrupèdes. Or celles-ci se sont développées non sans de sérieuses dérives. L'illustre une procédure judiciaire pour esclavage engagée aux Etats-Unis contre l'émir de Dubaï, cheikh Mohammad ben Rached al Maktoum, son fils et d'autres responsables de l'émirat, un des sept qui forment la fédération des Emirats arabes unis. Ces personnalités sont poursuivies pour «enlèvement et trafic d'êtres humains présumés concernant des milliers de jeunes garçons» (30 000 en 30 ans, selon l'accusation).

Les courses de chameaux dans les Emirats ont pris une telle ampleur que les propriétaires d'écurie recherchent des enfants, souvent dans des pays d'Asie du Sud ou au Soudan, formés ensuite comme jockeys selon des critères qui dépassent l'entendement. Le cabinet d'avocats «Motley Rice LLC», qui conseille les plaignants aux Etats-Unis, affirme que «des garçons, parfois âgés de 2 ans, ont été volés à leur famille, sortis de leur pays et retenus avec brutalité dans des camps d'entraînement aux courses de chameaux un peu partout aux Emirats arabes unis». L'accusation évoque également des sévices sexuels, des injections d'hormones pour freiner la croissance et la privation de nourriture pour rester léger. La plainte a été déposée à Miami parce que l'émir de Dubaï possède un ranch en Floride.

L'organisation de défense des droits de l'homme «Amnesty International» a déjà, par le passé, dénoncé le sort réservé à ces enfants-jockeys. Mais dans son rapport 2006, elle notait deux avancées: d'une part, l'adoption en juillet 2005 d'une loi fédérale prohibant le recours des jockeys de moins de 18 ans et, d'autre part, la mise en place, sous l'égide de l'Unicef, d'un programme de retour dans leur pays d'origine des enfants utilisés à cette fin. Reste le calvaire enduré par ceux qui ont été exploités ou le sont encore. A l'instar de Shadid, 12 ans, du Bangladesh, dont le témoignage fut recueilli par le Bureau international du travail: «Quand je demandais un peu plus de nourriture, on me frappait. Je pesais seulement 20 kilos. Quand j'ai grandi un peu, je n'étais plus assez mince parce qu'avec ce travail de jockey, je ne pouvais dépasser ce poids de 20 kilos. Je devins donc inutile pour ce monsieur arabe».

© La Libre Belgique 2006

Publié dans chouanbourguignon

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