Louis XIV et son projet de conquête d'Istanbul

Publié le par Chouan Bourguignon

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De Henri IV jusqu’à la fin de l’Empire ottoman, deux politiques françaises coexistent vis-à-vis de l’Empire ottoman : l’une officielle, dictée par la « raison d’État », l’autre plus ou moins secrète, cachée, exprimée ça et là par des personnalités diplomatiques, militaires ou religieuses à peine « autorisées ». Ces politiques contradictoires s’expriment au XVIIe siècle d’un côté, par des professions de foi amicales, de l’autre par la participation plus ou moins clandestine des contingents français aux côtés des puissances en guerre avec l’Empire ottoman.

Ces idéologies qui reflètent quelque peu le paysage politique français d’aujourd’hui, s’expriment aussi à travers ouvrages, journaux, pamphlets, poèmes, mais aussi projets de croisade ou de guerre sainte. Les mythes messianiques judéo-chrétiens sont remis au goût du jour, de nouvelles généalogies sont élaborées, des études et publications byzantines connaissent un regain d’activités sans précédent. Polémistes, religieux, juristes et intellectuels ne cessent de découvrir dans les ancien et nouveau testaments des prophéties désignant le roi de France comme le « dernier roi sauveur », tandis que d’autres établissent des arbres généalogiques, montrant des « liens directs » entre les rois de France et les empereurs byzantins.

À défaut de pouvoir accéder à l’héritage de Charlemagne en Europe, Louis XIV cultive l’idée de « rétablir » l’Empire français d’Orient. Diplomates, voyageurs, religieux, érudits, militaires, ingénieurs se mettent à la tache pour forger l’idée de légitimité juridique de cette dignité impériale. De à Savary de Brèves, ambassadeur à Constantinople, en passant par le moine politique le Père Joseph ou encore le philosophe Leibniz, tous élaborent donc des projets de partage de l’Empire ottoman, visant directement ou indirectement la conquête de la capitale, Istanbul.

Schématiquement, certains de ces projets proposent d’organiser une puissante flotte qui franchirait les Dardanelles pour venir bombarder et brûler la capitale ottomane, alors qu’une armée de terre viendrait y faire la jonction par les Balkans; d’autres veulent commencer la conquête par l’Égypte pour affamer ainsi Istanbul et l’obliger à se rendre. Toutes sortes de fins funestes sont prévues pour les Turcs : les plus tolérants leur réservent une conversion générale au christianisme les autres l’exil dans les « déserts » et leur dispersion à travers le monde, enfin les derniers, les moins cléments une élimination totale en les passant par les armes.

Après le second échec turc devant Vienne en 1683, ces projets deviennent de plus en plus concrets et pressants. La France est conduite à repenser la configuration de l’Europe orientale et du Moyen-Orient. Elle participe en quelque sorte au partage de l’Empire ottoman en bombardant les ports maghrébins ottomans et même en prenant pied sur le continent africain.

À partir de 1685, les missions d’exploration maritimes, cartographiques, politiques et militaires dans tous les points importants de l’Empire se sont donc multipliées, afin de " faire des descentes " à Istanbul à travers le détroit des Dardanelles, mais aussi dans d’autres parties névralgiques de l’Empire, de la Grèce, en Égypte, en passant par les côtes libanaises, syriennes, palestiniennes et Chypriotes. etc. Il n’est pas nécessaire de tirer de cette étude des leçons pour l’histoire présente. On peut par contre y déceler quelques éléments idéologiques ayant des racines profondes dans l’histoire et quelques réflexions sur celle-ci. Il est possible d’y découvrir quelques thèmes relatifs au choc de civilisations, aux concepts de l’Orient et de l’Occident, du bien et du mal.

L’ouvrage se divise en quatre parties :

La première est un tableau rapide des relations franco-turques sous Louis XIV, mettant surtout l’accent sur les contradictions, les hésitations et la concurrence pour l’hégémonie en Méditerranée.

La seconde partie est réservée aux ambitions impériales de la France et à ses différents projets ou rêves de partage de l’Empire ottoman pour le rétablissement mythique d’un empire français d’Orient.

Dans la troisième partie, est suivie pas à pas la manière dont fut élaboré le projet de conquête de l’empire ottomane par le roi soleil dans une période assez délicate pour l’Empire ottoman.

Le texte de Graviers d’Ortières, cheville ouvrière de ce projet, qui est publié en quatrième partie est l’ultime expression de ces projets. Il a des aspects informatifs très intéressants sur la capitale ottomane, sans être un guide de voyageur. Ses descriptions de la Sainte-Sophie, de certains monuments antiques, du grand bazar, des viaducs et ses informations démographiques sont d’un grand intérêt. La position et la beauté de la capitale ottomane, la magnificence de certains bâtiments publics, l’ordre et la sécurité qui y règnent, l’excellence, mais aussi l’absence de certains métiers y sont développées. Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est l’analyse de la situation de l‘Empire ottoman, les intérêts des différentes puissances à prendre part dans un partage de cet empire. Ce texte est une partie seulement de l’entreprise envisagée par Louis XIV. D’autres textes et de nombreux documents iconographiques (cartes, plans, vues, élévations, coupes) inédits accompagnent ce projet.

Près d’une cinquantaine de ces documents iconographiques sont publiés dans ce livre; ils concernent les pays actuels : la Turquie, la Grèce, Chypre, le Liban, la Syrie, Israël, et l’Egypte. D’autres sont consacrés à des monuments de Constantinople, dont certains, comme celui de Sainte-Sophie sont exceptionnels.

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