Al-Azhar, l'université de l'islamisme mondial où se tint le discours de Hussein Obama

Publié le par Chouan Bourguignon

Al-Azhar, l'université de l'islamisme mondial où se tint le discours de Hussein Obama

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   L’Université islamique d’Al-Azhar, institution multiséculaire formant des dizaines de milliers d’imams, confirma l’effectivité de la peine de mort pour les apostats dans  une fatwa (sentence religieuse) du 21 août 2007 . Cette sentence  condamna à mort un jeune de 25 ans, Mohamed Hegazy, et sa femme, qui ont embrassé le christianisme. La fatwa fut lancée par le recteur de la faculté d’études islamiques de la prestigieuse université, Mohammed Tantaoui...

Extrait du discours de Barack Obama le 4 juin à l'université d'Al Azhar :

   " Je vous remercie. Bonjour à tous. C’est pour moi un honneur de me trouver dans cette ville intemporelle qu’est le Caire et d’être reçu par deux institutions remarquables. Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte. Ensemble, vous représentez l’harmonie entre la tradition et le progrès. Je vous suis reconnaissant de votre hospitalité et de celle du peuple égyptien. Je suis fier aussi de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : « Salamm aleïkoum ». (Applaudissements)" Le discours intégral.

Dans mon étude L'islamisation de la France ( éditions de Bouillon, 2007), j'ai consacré un chapitre entier à exposer le contenu des enseignements de la plus prestigieuse université islamique sunnite du monde :


   " (...) Jouissant d’une autorité incontestée, l’université souffle le chaud et le froid dans les esprits réceptifs des croyants du globe. A ce titre, surveiller ce qu’il s’y enseigne paraît indispensable pour forger le discernement et l’esprit critique de nous autres, occidentaux, afin de mieux appréhender un dialogue inter-civilisationnel.

   Le site Internet officiel de l’illustre institution est riche d’enseignement[1]. Traduits en anglais, des articles dédiés à la présentation de l’islam sont proposés aux visiteurs. Se plonger dans la lecture des textes émis par Al-Azhar est nécessaire pour analyser le type d’islam enseigné. En l’occurrence, c’est l’islam classique qui est proposé aux étudiants. L’article “Islam versus ahl al kitab past and present” du Docteur Maryam Jameelah, est un condensé d’islam radical. Les citations énoncées plus bas sont tirées de ce texte. 

 

La confusion des sphères privés et publiques, du politique et du religieux 

 

La sphère privée aussi bien que la sphère publique doivent être régies par l’islam. Rien ne saurait échapper à l’idéologie islamique, qui est en cela supérieure en matière d’ intrusion dans la vie personnelle aux totalitarismes européens du XXème siècle. L’exposé du docteur d’Al-Azhar est en cela remarquable de sincérité :

                                       

    « Un musulman est enjoint à suivre l’exemple du prophète dans sa vie privée avec la même sincérité et foi qu’il est recommandée dans la sphère publique.[…] Seul l’islam constitue un mode de vie complet, embrassant tout, compréhensif, où l’individu contre la société et le matériel contre le spirituel se balancent en parfaite harmonie. Les lois de l’islam appelées charia fournissent une infaillible guidance à tous les aspects individuels et sociaux de la vie collective.  La Charia embrasse le rite religieux, le caractère personnel, la morale, les habitudes intimes, les relations familiales, les affaires économiques et sociales, l’administration, les droits et les devoirs des citoyens, le système judiciaire, les lois de la guerre et de la paix et les relations internationales […] l’islam est un système réaliste qui suppose que le peuple vivant selon sa voie vivra dans une société  gouvernée par l’islam »[3]<...

La confusion du politique et du religieux est totale, bien loin du fantasmé « islam à la française » qui se voudrait laïcisé, alors que les mêmes qui soutiennent son existence veulent former les imams en collaboration avec Al-Azhar (voir infra, chapitre 7 « Dalil Boubakeur : une modération contestable »).

 

 

Le devoir de la prise de pouvoir 

 

« L’islam abhorre la doctrine du sécularisme. Le musulman ne peut que tendre vers un environnement islamique dont le devoir d’établissement lui revient. »[4]<...

               

Un « environnement » embrassant la société toute entière, totalement régie par l’islam, un « devoir d’établissement » dont on aimerait bien que soient précisés les moyens à entreprendre pour sa réalisation : prédication ou jihâd ?

 

 

La théorie du complot

 

La théorie du complot anti-musulman, constante chez les islamistes, ne manque pas à l’appel. le texte est très clair sur la définition des conspirateurs  voulant détruire l’islam :

 

« Sur quelles bases pourrait on fonder une réconciliation entre musulmans, juifs et chrétiens ? Nous devons réaliser que selon les circonstances actuelles, aucune amitié n’est possible. Le judaïsme et le monde chrétien ont joints leur mains pour nous détruire. Sionisme, franc-maçonnerie, l’activité missionnaire chrétienne et l’orientalisme se sont combinés pour nous annihiler religieusement, culturellement et même physiquement. Ce serait une pure folie de vouloir embrasser ceux qui sont entrain de nous frapper ! »[5]<...

 

Le « docteur » parait ignorer les positions pacifistes de Jean-Paul II pendant le déclenchement de la deuxième guerre d’ Irak. Il ignore totalement les efforts des prélats européens afin de faire une place à l’islam, tel le Cardinal Decourtray (1923-1994)  appuyant la réalisation de la Grande Mosquée de Lyon, tel Monseigneur  Dore se prononçant pour l’extension du concordat à l’islam en Alsace, tels tous les membres du clergé assistant respectueusement aux inaugurations des mosquées en France. L’ « esprit d’Assise » est constamment loué par le clergé, se référant au sommet interreligieux dans la ville à l’initiative du Pape en 1986  qui mit symboliquement les religions sur un même niveau initiant la plus grand rapprochement œcuménique jamais vu dans l’histoire. Lors d’un voyage en Terre Sainte en mars 2000 Jean Paul II devant une assemblée de musulmans s’exclama « que saint Jean-baptiste bénisse l’islam » , le 5 mai de l’année suivante il se déchausse pour prier dans une mosquée de Damas. Le plus symbolique de tous ses gestes fut assurément le baiser sur le Coran, un 14 mai 1999, vénérant le « livre saint »[6]<.... Le docteur d’Al-Azhar place les églises évangélistes fondamentalistes américaines, dont le messianisme dévoyé incarné par Bush a poussé à la confrontation offensive en Irak, et le catholicisme, sur un même plan. C’est avec ce schéma simplificateur typique chez les islamistes que les Chaldéens irakiens sont expulsés de leur patrie et violentés ayant pour seul tort de croire en Jésus Christ, comme l’assaillant américain.

 

La théorie du complot va très loin à Al-Azhar, ainsi Abd Al-Sabour Shahin, un éminent professeur de l’université, nie que les musulmans furent impliqués dans les attaques des twins tower de septembre 2001, dans ces attaques il clame que la « sale main sioniste » fut derrière elles. Délirant.

 

 

Al-Azhar contre les réformistes

 

     Les 5 et 6 octobre 2004 au Caire, se tint un colloque réunissant nombre des principaux intellectuels réformistes contemporains[7], intitulé « l'islam et la réforme ». Principal sujet d’achoppement, la Sunna et sa litanie de prescriptions obscurantistes. La déclaration de clôture soulignait «la nécessité d'appliquer des réformes à la fois religieuses et politiques pour parvenir à une réforme d'ensemble ». Elle appelait en outre à « la création d'un nouveau contexte intellectuel de pensée islamique basée sur des hypothèses claires et sur l'unité, prenant en compte tous les changements intervenus dans la société musulmane ces 11 derniers siècles. » A cette fin, la déclaration prône « une réévaluation de fond de l'héritage islamique, y compris de toutes les sciences islamiques ayant vu le jour au cours des trois derniers siècles de l'islam – les commentaires du Coran, les hadith, les racines de la religion et la loi religieuse », et enjoint « à se fonder sur les textes Coraniques comme seule source authentique dans la réévaluation de tout l'héritage islamique ».

La déclaration de clôture appelle également à « faire face à toutes les institutions[8]<... qui revendiquent le monopole de la religion et prétendent être seules habilitées à interpréter les Saintes écritures [le Coran]. Nous avons besoin d'une nouveau courant qui reconnaîtra le droit de tous à l' Ijtihad, au nom de la réforme islamique qui sied à ce siècle.»

 

L'Institut de recherche médiatique du Moyen-Orient (MEMRI) rapporte dans ses Enquêtes et analyses[9]<... les réactions du directeur d’Al-Azhar, le cheik Tantawi, ainsi que de Ibrahim Al-Khuli, maître de conférences à l'université Al-Azhar, face au mouvement des progressistes osant rouvrir les portes de l’interprétation individuelle et de l’esprit critique ( Ijtihad). En l’occurrence, les hauts dignitaires de l’université souhaitent les condamner à mort pour déviance (ridda). Se pencher sur le contenu de leurs propos permet de saisir les divergences de fond entre les réformistes refusant la lecture littérale coranique et la nature parfaite des hadith de l’islam traditionnel. Le lecteur pour approfondir les positions des deux parties, peut consulter librement de larges retranscriptions des propos échangés sur le site Internet du MEMRI. L’institut y présente la polémique:

                                    

« Près d'un mois après la tenue de cet atelier, Sayyed Tantawi, cheikh d'Al-Azhar, s'en est de nouveau pris aux détracteurs de la Sunna, qui voient le Coran comme unique source de décrets religieux, les qualifiant d' "ignorants, de menteurs et d'hypocrites", et avertissant le public de ne pas prêter attention à leurs opinions, dont le but serait de semer la confusion. Le 5 novembre 2004, dans une conférence organisée par le Conseil suprême pour les affaires islamiques, le cheikh Tantawi a déclaré: « (…) quiconque émet des doutes sur la validité de la Sunna prophétique comme source de lois, agit conformément à un plan hostile à l'islam (…) Nous n'avons pas de vie, d'avenir ou de grandeur parmi les nations si ce n'est par notre attachement au Coran et à la Sunna. Nous devons tous être unis dans une même pensée contre ceux qui attaquent et réfutent la Sunna, car les lois portant sur les affaires entre l'homme et Allah ne sont pas correctes sans la Sunna, laquelle explique en détails les régulations et met l'accent sur ce qui est important. »[10]



    « Les milieux islamiques qualifient également d'apostasie toute approche critique ou scientifique du Coran. Un talk show hebdomadaire sur
Al-Jazira évoquait la suppression de certains versets du Coran du programme scolaire dans les pays arabes et musulmans. Ibrahim Al-Khuli, maître de conférences à l'université Al-Azhar, a accusé un invité de l'émission, l'écrivain progressiste Shaker Al-Nablousi, de nier [l'existence] d'Allah, ajoutant qu'il devait être exclu de la communauté de l'islam. »

 

Exclu de la communauté, donc condamné à mort.

 

 

Al-Azhar et le jihâd

 

En 1968, eut lieu dans l’université un symposium devant clarifier la notion de jihâd. Le colloque qui fit plancher des dizaines de « savants », dont les principaux théologiens musulmans, accoucha d’une publication de mille pages[11]. Jamais un tel évènement ne s’était vu et ne se reproduisit ultérieurement, les théologiens firent le point de tous les textes des commentateurs et savants de l’islam sunnite. Il ressortit du colloque que le jihâd guerrier est toujours une obligation collective, les conclusions de cette véritable somme sont claires :

 

« Le jihâd ne se terminera jamais, il durera jusqu’au jour de la Résurrection, quand ses buts seront atteints, par le rejet de l’agression et la reddition de l’ennemi […]. Le jihâd a renforcé la religion et augmenté le nombre de fidèles d’Allah […]. Pour ceux qui sont loin, le djihâd est un devoir par procuration. Les différents moyens de soutenir et de consolider les combattants du jihâd, tels l’apport financier, l’usage de la langue et de la plume, le recours aux tactiques politiques, font partie du combat. Le jihad a été légitimé pour devenir un moyen de propagation de l’islam. ( ndlr : jihâd offensif). En conséquence, les non musulmans doivent venir à l’islam soit de leur plein gré, soit par la force. La guerre est la base des relations entre les musulmans et leurs adversaires, a moins qu’il y ait une raison valable pour faire la paix, par exemple l’adoption de l’islam par l’adversaire ou un traité de paix mutuel. Mais les musulmans sont libres de rompre leur pacte avec leurs ennemis s’ils suspectent ceux-ci de vouloir les trahir. »[12]...

 

Depuis la publication du document, aucune voix de l’université, cheiks, oulémas ou professeurs ne l’ont jamais remis en cause. Et pour cause, le temple de l’orthodoxie islamique ne peut abroger des principes aussi fondamentaux, définis depuis des siècles par tous les grands juristes sunnites. Sayyed Al-Qimni, écrivain progressiste, professeur de sociologie et de religion à l'université du Caire, dénonça  dans un article[13] de l'hebdomadaire Roz Al-Youssef certains manuels et textes de référence enseignés aux étudiants d’Al-Azhar. Parmi ceux-ci, on trouve un livre du théologien hanéfite ibn Mahmoud exposant que :

                                          

« la guerre contre les infidèles est une obligation pour tout homme valide, libre, intelligent et en bonne santé (…). Et quand les musulmans assiègent leurs ennemis dans une ville ou une forteresse, ils doivent les exhorter à se convertir à l'islam. S'ils se convertissent, [les musulmans] doivent cesser de les combattre, mais s'ils refusent de se convertir, ils doivent les exhorter à payer la jizya [impôt]. S'ils refusent de payer la jizya, les musulmans doivent demander l'aide d'Allah pour les combattre »[14]

 

Al-Qimni dénonce aussi l’ouvrage d’un diplômé d’Al-Azhar enseignant l’attitude discriminatoire à tenir envers les dhimmis :

« Il leur est interdit de construire de nouvelles églises ou de reconstruire celles qui sont détruites (…) Il leur est interdit de construire un monument dont la hauteur dépasse les constructions des musulmans (…) Il faut leur interdire d'élever la voix quand ils pleurent leurs défunts. Si un dhimmi  invite un musulman à un mariage, ce dernier doit refuser l'invitation, parce qu'il convient d'humilier le dhimmi.'» [15]

Pour lire  l'intégralité de ce long chapitre, se procurer l'ouvrage L'islamisation de la France. Voir le contenu détaillé et les liens pour achat.


[1] http://www.alazhr.org

 

[2] Maryam Jameelah, Islam versus ahl al kitab past and present, site Internet officiel d’Al-Azhar.

 

[3] Ibid.

[4] Ibid .

[5] Ibid.

[6] L’attitude de Jean Paul II décontenança de nombreux catholiques, et pour cause. Outre ce pape, la naïveté de nombreux prélats face à l’islam conquérant, pousse de nombreux fidèles à rejoindre les communautés intransigeantes, en premier lieu la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

[7] La déclaration de clôture a été signée par d'éminents progressistes et réformistes du monde arabe et islamique: le Dr Saad Al-Din Ibrahim, président du Centre Ibn Khaldun au Caire ; l'intellectuel égyptien Gamal Al-Banna ; l'intellectuel égyptien Dr Sayyed Al-Qimni ; l'intellectuel syrien Mohammed Shahrour ; le Dr Radhwan Masmoudi, directeur exécutif du Centre pour l'étude de l'islam et de la démocratie aux Etats-Unis ; le Dr Najah Kadhim, directeur du Forum islamique pour le dialogue islamique en Grande-Bretagne ; Sharifa Macarandas, présidente de la Ligue des femmes de Mindanao, aux Philippines ; l'intellectuel tunisien Salah Al-Din Al-Jurashi ; le Dr Abd El-Hamid Al-Ansari, ancien directeur du département de la sharia à l'université du Qatar, le Dr Fabyola Badawi, directrice de l'Union arabe européenne pour la démocratie et le dialogue en France ; Abdallah Ali Sabri, rédacteur en chef du quotidien yéménite Saut Al-Shura.

 

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