« A part le Sida, l’Afrique ne nous apporte rien »

Publié le par Chouan Bourguignon

Article paru dans “The Irish Independent”, le 10 juillet 2008 - par Kevin Myers, journaliste et éditorialiste irlandais.

« Alors même que les États africains refusent de prendre des mesures pour restaurer un semblant de civilisation au Zimbabwe, il nous faudrait de nouveau faire l’aumône, à l’Ethiopie cette fois. L’Éthiopie était déjà au centre de l’actualité il y a près de 25 ans, avec la campagne contre la faim de Bob Geldof. Et durant ce laps de temps, la population du pays a bondi de 33,5 à 78 millions d’habitants…

Pourquoi diable devrais-je de nouveau encourager la croissance démographique catastrophique de ce pays ? Où est la logique ? Il n’y en a aucune. Et deux choses me disent que la logique ne compte pas dans cette affaire.

La première, c’est ma conscience. La seconde, c’est l’image, une fois de plus, d’un de ces enfants qui, une fois de plus, fixe l’objectif, de ses yeux une fois de plus grand ouverts, illustrant une fois de plus la tragédie qui une fois de plus, etc.

Désolé mais moi, j’ai parcouru ce pays. A pied et financièrement. Contrairement à beaucoup d’entre vous, je suis allé en Ethiopie. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai craché au bassinet pour les bonnes œuvres qui là-bas luttent  contre la famine. L’enfant aux yeux grand ouverts que nous avons sauvé il y a 20 ans est désormais cet homme en rut, arborant une Kalachnikov et procréant comme bon lui semble au gré de ses poussées hormonales.

Il y a sans doute de bonnes raisons pour prolonger ce système économique, social et sexuel détraqué et destructeur. J’ignore lesquelles. Et il y a surement toutes les bonnes raisons du monde de ne pas écrire le présent article.

Ces lignes ne me rallieront à coup sûr aucune amitié. Elles provoqueront le courroux indigné des lecteurs bien-pensants, une catégorie qui ne manque jamais une occasion de pervertir le débat public irlandais de ses persiflages et de ses injonctions morales. (…) Qu’importe…

Mais par pitié, vous, les représentants des ligues de vertu bien pensantes,  épargnez-moi les allusions à “Notre Famine” et les analogies trop faciles [ndlr : allusion à la Grande Famine irlandaise entre 1845 et 1852, dont les effets se feront sentir de longues années] . Il n’y aucune comparaison possible. En 20 ans de famine, la population de l’Irlande a été réduite de 30%. Durant ce même laps de temps, grâce à l’aide alimentaire occidentale, aux semi-remorques Mercedes à dix roues et aux avions Hercules, la population de l’Éthiopie a plus que doublé.

Hélas, ce pays dévasté n’est pas isolé dans sa folie… Quelque part,  dans ce continent merveilleux, se trouve la Somalie ; un autre charmant pays bien pourvu en fainéants perpétuellement en rut, brandissant des Kalachnikovs, mâchonnant du khat et excisant les filles. C’est désormais un continent pratiquement entièrement peuplé d’indigents sexuellement hyper-actifs, et des dizaines de millions de personnes ne survivent que grâce à l’aide internationale.

Cette dépendance n’a pas encouragé la prudence politique, ou le simple bon sens. La sottise vaudou semble constamment gagner du terrain et le prochain Président d’Afrique du Sud est persuadé qu’un peu d’eau du robinet sur un pénis post-coïtal est un bon moyen de prévenir les infections. En outre, cela va sans dire, la pauvreté, la faim et l’écroulement social n’ont pu prévenir des guerres ineptes au Tigré, en Ouganda, au Congo, au Soudan, en Somalie, en Erythrée, etc.

Une situation dépeinte à grands coups de crayon, certes. Mais c’est ainsi que l’histoire a souvent dépeint ses épisodes les plus sordides, les plus décisifs aussi. Le Japon, la Chine, la Russie, la Corée, la Pologne, l’Allemagne, le Vietnam, le Laos, le Cambodge… ont eu à surmonter des épreuves bien plus dures que celles que doit endurer l’Afrique. Tous ces pays aident aujourd’hui ce continent, y investissent, alors que l’Afrique, avec ses vastes savanes et ses opulents pâturages n’apporte pratiquement rien à personne, si ce n’est le Sida.

Pendant ce temps, les populations africaines épuisent leurs ressources, et provoquent des dégâts écologiques catastrophiques. En 2050, la population de l’Ethiopie sera de 177 millions : l’équivalent de la France, de l’Allemagne et du Benelux réunis, mais situés dans les zones arides et dévastées de la Vallée du Rift, où l’on trouve de moins en moins de sources de protéines.

Quel sens cela a-t-il d’encourager activement l’augmentation de la population adulte d’un pays déjà surpeuplé, à l’environnement dévasté et économiquement dépendant ? En quoi est-il moral de sauver un enfant éthiopien de la faim aujourd’hui, et lui permettre de survivre dans un contexte de circoncision brutale, de pauvreté, de faim, de violence et de sévices sexuels, qui résultera en une autre demi-douzaine d’enfants aux grands yeux, dont les perspectives seront tout aussi réjouissantes ? Cela vous permettra sans doute de vous sentir mieux, ce qui est la raison principale d’une charité aussi abondante. Mais ce n’est pas suffisant.

Cette charité intéressée est l’un des fléaux de l’Afrique. Elle a permis de maintenir en place des régimes politiques qui se seraient effondrés autrement. Elle a prolongé de 10 ans la guerre entre l’Erythrée et la Somalie. Elle a inspiré à Bill Gates un programme d’éradication de la malaria, alors qu’en l’absence quasi complète d’auto-discipline, cette maladie est actuellement l’une des formes les plus efficaces de contrôle des populations.

Si ce programme réussit, se vante-t-il, des dizaines de millions d’enfants qui seraient morts en bas-âge parviendront à l’âge adulte. Très bien, et ensuite ? Hmm… je sais. Qu’ils viennent tous ici. En voilà une riche idée.

(source)

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